De Lorimier
Il a suffi
qu’il tienne
son poing au ciel levé;
il a suffi qu’il assène
une défaite à cette armée;
il a suffi qu’il revienne
vaincu de Châteauguay;
pour qu’il ait suffi à une voix reine
l’édit : « Haut et court, pendez! »
Il a suffi
au bourreau
de le bien ficeler;
il a suffi au caveau
de s’ouvrir à ses pieds;
il a suffi à la faux
à sa gorge le faucher;
pour qu’il ait suffi à ses mots
une dernière fois : « Liberté! »
Il a suffi
de quelques gibets
en exemple à méditer;
il a suffi de quelques valets
pour les y de force traîner;
il a suffi de quelques ballets
au bout d’une corde dansés;
il a suffi à l’Anglais
d’être à l’archevêque acoquiné.
Il a suffi
à sa mère
d’être par dizaines violées;
il a suffi à ses frères
d’être par centaines révoltés;
il a suffi à ses terres
d’être par milliers pillées;
pour qu’il ait suffi à mes pères
de n’avoir point oublié.
Il a suffi
à sa peine
de dire : « C’en est assez! »
il a suffi devant une reine
de ne plus s’agenouiller;
il a suffi de jurer « amen »
au sortir de la tranchée,
pour qu’il ait suffi qu’on se souvienne
du preux chevalier… Chevalier de Lorimier.
Il a suffi...
armée...
clergé...
agenouillés...
pendez!
Il suffira...
une autre fois :
« Liberté! »
Il suffira
du souvenir de François Marie Thomas
Chevalier de Lorimier.